COMMENT ABORDER L’ATTENTAT DE NICE AVEC SES ENFANTS

Comment aborder l'attentat de Nice avec ses enfants - Psychologue Nice - Gabrielle LucianiFace à la violence de l’attentat du 14 juillet 2016 qui a touché notre ville de Nice, nous sommes tous le témoin direct ou indirect de la détresse des victimes, enfants, familles et proches. Les descriptions relatives à l’attentat créent un effet de diffusion du traumatisme, c’est pourquoi il est important que vous puissiez parler de vos ressentis, de votre impuissance et de vos incertitudes face au lendemain. Les enfants sont sensibles aux réactions et émotions de leurs parents et de leur entourage. Ils sont à vos côtés et perçoivent la détresse, la tristesse et la colère qui peuvent vous envahir. Pour mieux les accompagner et faire face à ce terrible évènement, il est crucial de communiquer ensemble afin d’ouvrir un dialogue, mais surtout de poser des mots sur ce qui est difficilement assimilable et représentable afin de circonscrire les effets de sidération.

Pour en savoir plus sur la conception de la mort chez l’enfant

QUE DIRE, QUE FAIRE ?

En tant que parents, il faut créer pour vos enfants un espace contenant où ils pourront déposer leurs émotions et leur ressenti. Cela passe tout d’abord par une attention particulière aux médias et aux images qu’ils diffusent en bloc. Les enfants sont très sensibles au « choc » des images, qui peut produire un effet de fascination et ainsi figer leurs émotions. L’enfant demeure alors dans une torpeur et ne parvient pas à se représenter les événements. Il faut privilégier avant tout la parole aux images, en mettant de côté un temps la télévision, la tablette ou les réseaux sociaux. De même, pensez à les tenir à l’écart des effets négatifs des débats politiques et des polémiques d’actualité, qui accentuent le sentiment d’insécurité. L’essentiel est de vous accorder un temps en famille où les mots peuvent circuler et être entendus.

Ne laissez pas le silence s’instaurer. Même si la chose paraît délicate et que vous vous sentez impuissants, n’hésitez pas à prendre cette initiative et créer un moment d’échange et de partage. L’enfant se saisira de ce temps pour s’exprimer mais, surtout, vous le rassurerez en lui faisant entendre que vous êtes là pour le protéger.

Face au silence de ses proches, l’enfant peut se sentir à part, rejeté, ou même avoir l’impression d’être l’origine de la tristesse qui se lit sur le visage de ses parents. Ce n’est pas faire preuve de faiblesse que d’expliquer à son enfant que vous-même vous êtes triste et en colère. En reconnaissant sa douleur, vous lui permettez à son tour de l’exprimer. L’enfant se sent alors moins seul et peut identifier ses émotions et les partager. En voulant protéger l’enfant en lui cachant certaines vérités, on l’exclut d’un moment de vie qui lui appartient aussi.

COMMENT PARLER DES ATTENTATS À UN ENFANT ?

Chaque enfant se crée une histoire autour de l’attentat, et il est donc important de comprendre ce qu’il pense et ce qu’il vit afin d’éclairer la situation.

– En fonction de son âge et de sa maturité, vous pouvez reprendre avec lui les termes « attentat », « terroriste » et « mort ». Même si cela peut paraître abrupt, il s’agit de mots qui sont repris en boucle par tous les médias et qui résonnent dans toute la sphère publique et privée. Pour commencer, demandez à l’enfant ce qu’il pense savoir de la mort. Le mot « mort » n’est pas un « gros mot ». La mort fait partie intégrante de la vie. Dans les attentats, ce sont les circonstances tragiques et inadmissibles entourant la mort des victimes qui sont traumatisantes.

– En ce qui concerne les plus petits, vous pouvez leur expliquer qu’il existe des méchants qui font la guerre et peuvent faire du mal aux gens et que malheureusement, parfois, ils y parviennent. Mais pour nous protéger, nous pouvons compter sur la police, les pompiers, des équipes de gentils qui interviennent pour lutter contre les méchants. Les enfants perçoivent très tôt la différence entre le bien et le mal. On retrouve cette dichotomie par exemple lorsqu’ils jouent à la guerre, mais aussi dans leur affection pour les super héros.

– Avec les plus grands, vous pouvez revenir sur la question du terrorisme ; leur expliquer qu’il s’agit d’individus qui ne tolèrent pas que l’on puisse être différent d’eux : c’est-à-dire penser et vivre autrement. Rappelez-leur que tout le monde a le droit d’être différent et d’avoir son propre libre arbitre. Il est normal d’avoir peur ou d’être en colère. Vous êtes là pour les protéger et leur offrir votre affection et votre soutien pour les accompagner au mieux dans cette épreuve.

Face à certaines questions ou remarques de vos enfants, vous pourrez éprouver de l’impuissance ou des difficultés à trouver les mots justes. « Pourquoi ? », « Comment les gens sont morts ? », « Beaucoup d’enfants de mon âge sont morts aussi ?, « Des papas et des mamans ? », « On a tué le terroriste ? », « Ça peut recommencer ? ».

Si vous êtes indécis, évitez de répondre « Tu comprendras quand tu seras grand ». À la place, vous pouvez tout simplement lui dire : « je ne sais pas ». Ce n’est pas une faute, l’enfant peut comprendre que vous ne sachiez pas tout et cela peut le rassurer sur le fait que lui aussi ne sait pas. L’important est vous soyez présent à ses côtés pour le protéger par des gestes tendres, câlins, des paroles douces et réconfortantes.

L’enfant peut demander une plus forte attention par une demande croissante de portage, voire adopter des comportements régressifs. L’anxiété va se traduire par des difficultés à être seul ou à s’endormir. Soyez compréhensif mais n’oubliez pas votre rôle et votre fonction d’autorité parentale. L’enfant a besoin de repères et de règles qui sont pour lui le signe d’un cadre contenant et rassurant.

Vous pouvez également inviter l’enfant à dessiner, écrire des mots à l’adresse des victimes ou bien établir en famille un temps de recueillement. Ces attentions et ces actes participent aux rituels de deuil et sont un moyen d’assimiler la mort dans son quotidien. Être à l’écoute de ses questions, de sa tristesse et de son silence vous permet d’accompagner l’enfant dans sa représentation de la situation traumatique.

Pour vous aider, n’hésitez pas à solliciter les professionnels de santé. Voici un rappel des contacts des cellules d’aide médico-psychologique :

AIDE AUX VICTIMES du 14 juillet 2016 – Cellules d’information, d’orientation, d’écoute…